Périr en quête d’une vie meilleure

Un habitant vient en aide à un réfugié syrien épuisé qui a sauté d’un canot et nagé jusqu’à la rive de l’île de Lesbos (Grèce) à la fin du mois de septembre. Photo : REUTERS/Yannis Behrakis

Périr en quête d’une vie meilleure

April 2015: A boat carrying some 550 migrants sinks off the coast of Libya. More than 400 people are believed to have drowned while roughly 150 people are rescued and taken to a hospital in southern Italy. Six days later, another shipwreck off the coast of Italy’s Lampedusa island south of Sicily claims the lives of some 800 people.

August 2015: Two boats carrying about 500 migrants sink after leaving the port of Zuwara, Libya. The same day, an abandoned truck in Austria is found to contain the bodies of 71 people, believed to be from Syria.

September 2015: The photo of a 3-year-old Syrian boy, who drowned along with his mother and 5-year-old brother while trying to reach Greece by boat from Turkey, inspires widespread sympathy for migrants and asylum seekers.

Avril 2015 : un navire transportant quelque 550 migrants coule au large de la Libye. Les noyés seraient plus de 400, tandis qu’environ 150 personnes sont sauvées et hospitalisées dans le sud de l’Italie. Six jours plus tard, un nouveau naufrage au large de l’île italienne de Lampedusa, au sud de la Sicile, fait à peu près 800 victimes.

Août 2015 : deux navires, avec à bord quelque 500 migrants, coulent après avoir quitté le port de Zuwara (Libye). Le même jour, un camion abandonné est découvert en Autriche : à l’intérieur, les cadavres de 71 personnes, probablement originaires de Syrie.

Septembre 2015 : la photographie d’un garçon syrien de 3 ans, noyé avec sa mère et son frère de 5 ans alors que la famille tentait de gagner la Grèce en bateau depuis la Turquie, suscite une vague de compassion à l’égard des migrants et les demandeurs d’asile.

Ce NE SONT LÀ que quelques-uns des faits les plus choquants parmi les nombreuses tragédies qui ont frappé, en 2015, des personnes qui espéraient gagner l’Europe pour y trouver la sécurité. Le phénomène n’est pas nouveau et ne concerne pas que le Vieux Continent. Le même processus est à l’œuvre, depuis longtemps, dans le golfe d’Aden, qui sépare la corne de l’Afrique des pays du Golfe, dans l’océan Indien et le long de frontières terrestres dans de nombreuses régions du monde. Cependant, la fréquence et l’ampleur des catastrophes survenues cette année en Méditerranée ont contribué à faire de la migration un enjeu humanitaire, politique et économique de premier plan.

Les images et les récits des souffrances et des désillusions des migrants ont suscité aussi bien des efforts humanitaires immédiats que des mesures sévères pour les tenir à l’écart de la «forteresse Europe». C’est ainsi qu’on a pu voir des centaines de personnes bloquées dans une gare en Hongrie, d’autres escaladant des clôtures surmontées de fil de fer barbelé dans une enclave espagnole en Afrique du Nord, des foules d’hommes tenter désespérément de monter sur des camions entrant dans le tunnel reliant la France à l’Angleterre ou encore des milliers de personnes en marche le long de voies ferrées à travers la Serbie avec souvent de jeunes enfants dans les bras.

Un grand nombre de ces personnes sont comme la famille Samir, qui a fui la Syrie et a traversé l’ex-République yougoslave de Macédoine, où elle a été prise en  charge par Sandra Ignjatovska, médecin de la Société nationale, dans une tente surpeuplée près de Gevgelija. La famille venait de franchir la frontière en provenance de Grèce, après 20 jours de voyage depuis Daraa, dans le sud de la Syrie, avec quatre enfants de moins de 6 ans.

«Nous avons passé cinq jours à la frontière entre la Syrie et la Turquie, en dormant à la belle étoile, alors que retentissaient en permanence des coups de feu et les tirs des tireurs isolés sur les hauteurs», raconte Abukushlif Samir, 24 ans, père de deux des enfants. La famille a été prise en charge par des volontaires dans l’attente de pouvoir prendre un train en direction de la Serbie, au nord. Elle reçoit de la nourriture, de l’eau, des couches et des articles d’hygiène.

Bien que l’accent mondiale est sur la Méditerranée, des histoires de migration se posent dans toutes les parties du monde.

Images:

John Engedal Nissen/FICR
Tatu Blomqvist/Finnish Red Cross
Turkish Red Crescent/FICR
Ibrahim Malla/FICR

«La traversée a été épouvantable, raconte Abukushlif Samir. Nous avons passé sept heures en mer et nous avons failli chavirer : nous étions 70 dans une petite embarcation qui prenait l’eau en permanence. Le bateau qui nous suivait, avec 60 personnes à bord, a coulé et tous ses passagers, avec parmi eux beaucoup de petits enfants, se sont noyés sous nos yeux.»

Le soir venu, la famille est partie en direction du nord, vers la Serbie et la Hongrie, dans l’espoir de retrouver des parents en Suède. Près des deux tiers des personnes qui cherchent, depuis la Grèce, à gagner le nord à travers l’Europe de l’Est, sont, comme les Samir, des Syriens fuyant le conflit. Ce fait a attiré une attention accrue sur le sort des personnes qui fuient les horreurs de la guerre.

Avec plus de 60 conflits actuellement en cours de par le monde, le nombre de personnes déplacées par la force sur la planète a atteint un niveau sans précédent. Le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations Unies estime que l’on compte maintenant 59,5 millions de personnes déplacées dans le monde, dont 14 millions de personnes déplacées en 2014.

Pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, répondre aux besoins des personnes déplacées est depuis longtemps un impératif essentiel de sa mission humanitaire, et ce que le déplacement soit causé par le conflit, les catastrophes naturelles, les changements climatiques, la pauvreté ou la violence. Avec l’augmentation spectaculaire des besoins humanitaires, les Sociétés nationales qui se trouvent sur le parcours des nouvelles voies migratoires ont rapidement pris la mesure de la situation et fait face.

En parallèle, la FICR et les Sociétés nationales, dans le monde entier, ont lancé de nombreux appels d’urgence, tandis que le CICR soutient les Sociétés nationales par des services comme le rétablissement des liens familiaux, en donnant aux migrants la possibilité de rechercher leurs proches ou de les joindre par téléphone. Au mois de septembre, le Mouvement a lancé la campagne «Protéger l’humanité, stopper l’indifférence » (#Protégerl’humanité), qui appelle chacun, dans le monde entier, à se joindre à l’appel lancé aux États pour assurer aux migrants, le long de toutes les voies migratoires, protection et dignité.

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