Entre espérance 
et désespoir

Entre espérance
 et désespoir

Les familles de personnes disparues portent un fardeau psychologique et émotionnel particulier.

Pour les personnes dont des proches ont disparu, les blessures psychologiques peuvent persister des décennies durant.

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«Les familles de personnes disparues balancent souvent entre l’espoir de retrouver leur parent et le désespoir, qui s’accentue avec le passage des ans», explique Eva Esteban Finck, psychologue du CICR qui aide des communautés en Bolivie, en Équateur et au Pérou à faire face à la disparition de proches pendant diverses périodes de violence et de conflit dans ces pays.

«Cette alternance crée aussi un épuisement émotionnel et un sentiment de désespoir total, ajoute-t-elle. Les émotions sont nombreuses : la personne peut ressentir de la honte, du chagrin ou une fatigue émotionnelle totale. Certains se sentent coupables de n’avoir pas fait assez pour éviter la disparition ou pour rechercher la personne manquante.»

La vie familiale et la vie communautaire sont aussi ébranlées. Si un chef de famille disparaît, la mère ou les enfants reprennent ce rôle et les enfants doivent souvent quitter l’école.

Ce sont là quelques-unes des raisons qui expliquent pourquoi la réponse au problème exige souvent davantage que des soins psychologiques. Il s’agit d’accompagner des personnes dans un processus long et difficile qui peut inclure la reconnaissance des restes de personnes aimées ou le fait d’assister à un réensevelissement de ces restes dans le respect des rites traditionnels. Il faut aussi apporter un soutien psychologique à ceux qui ne trouvent jamais de réponse à leurs interrogations.

Cependant, chaque communauté est différente, et la réponse à apporter varie en conséquence. Dans les récits qui suivent, des personnes dont des proches ont disparu parlent de leur peine et du réconfort limité qu’elles trouvent parfois, malgré l’incertitude qui persiste.

Photos: Jjumba Martin/ICRC

Ayo Narasista a 69 ans; son fils a été enlevé pendant le conflit qui a opposé, pendant 20 ans, l’Armée de résistance du Seigneur au gouvernement ougandais, dans le nord du pays. Les combats ont fait des milliers de disparus, dont le sort demeure dans bien des cas inconnu jusqu’à ce jour.

«Mon fils, Okeny Alex, était mon espoir de voir notre nom de famille se perpétuer. Alex a été enlevé en 2000 par des hommes armés alors qu’il revenait d’une épreuve scolaire dans le village de Kalongo. Il avait 13 ans. Toute la communauté s’en est prise à moi, m’accusant de n’avoir pas su protéger mon fils, et de m’être ainsi privée de la possibilité d’avoir un jour une belle-fille. Mon mari m’a quittée peu après, me laissant confrontée à ma culpabilité. J’étais terriblement déprimée et seule — pendant longtemps, je n’ai pas pu fermer l’œil.»

Ayo Narasista participe maintenant aux réunions du groupe de soutien psychosocial créé par le CICR dans son village. «Le fait de parler avec d’autres personnes dans la même situation que moi m’a aidée à retrouver le sommeil», explique-t-elle.

Voici neuf ans que le mari de Ranjinithevi, son beau-frère et ses deux frères ont disparu dans le cadre du conflit à Sri Lanka. L’année dernière, Ranjinithevi (photo, troisième de gauche) a bénéficié d’une formation pour devenir «accompagnatrice» et animer des séances de groupe pour d’autres parents de personnes disparues dans sa communauté.

«L’angoisse était insupportable. Mes parents étaient tellement choqués que je me demandais avec qui partager ma peine. Je ne parlais à personne dans le village; personne n’aurait pu me comprendre.

«Lorsque j’ai commencé à fréquenter le groupe d’accompagnement des familles, j’ai compris que je n’étais pas la seule à souffrir ainsi. Les autres membres de mon groupe ont souffert eux aussi, certains davantage que moi. Mais ils ont appris à faire face.

«Certains ont changé, mais d’autres, malgré les discussions, sont toujours angoissés et préoccupés du sort de leurs parents disparus. Les séances leur procurent un peu d’apaisement, mais leurs angoisses reviennent dès qu’ils rentrent chez eux.»

Ranjinithevi explique que les séances de groupe de soutien aux familles ont un peu soulagé ses difficultés mentales et émotionnelles. «Les souvenirs sont toujours là, mais j’arrive maintenant à y faire face et à m’occuper de ma famille. Je suis plus aimante avec mes enfants et j’ai commencé à envisager avec plaisir la perspective de les voir finir l’école et devenir adultes.»

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